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  • : le blog asphaltetoile par : Chantal
  • : Au clavier d'asphalte chaque pas joue son étoile en modes mineur et majeur.
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Citations

"Les poètes sont inutiles mais nécessaires..."Ionesco.

 

 "Je marchais sur le sable, sur une étendue vierge de toute présence et de toute absence. Soudain, la trace de trois pieds dansants. Mon âme s'est envolée avec elle, je ne sais où, là où la lumière s'épanouit."

 Michel Montigné - extrait de Carnet de voyage à Djibouti.

  

 "La couleur est la touche.L’œil, le marteau qui la frappe.L’âme, l'instrument aux mille cordes" Kandinsky

 

"Quel champ de bataille que l'homme! "Victor Hugo.

 

"C'est l'immobilité de la plage qui rend les vagues différentes" Gérard Pons, extrait de "Grains de sable".

 

"La mer et mon amour rivalisent de couleurs. Elle éclabousse le jour de fastes phosphorés. Il embrasse le monde en ses moires marines. Je te serre en mes mots comme tout contre soi on serre le silence." Colette Muyard "Etreinte" extrait de L'Homme soeur 2.

 

"Quand le sable du temps nous aura recouverts il restera notre ombre et la photo des brumes. Il restera de nous au mieux une chanson. Sur la guitare-oubli aux notes impalpables seul demeure le chant de la mélancolie..." Roger Lecomte extrait de "au café du hasard". Chanson de l'iguane sur un réverbère.

 

"Toutes les pierres ont quelque chose à dire. Leur silence sécrète toute l'histoire du monde. J'ai toujours un caillou dans ma poche, un grain de sable dans l'oeil."Jean-Marc Lafrenière

 

"On se croit mèche, on n'est que suif". Jacques Brel

 

"La douleur n'est jamais éloignée du regard et de la connaissance" Diane de Margerie.

 

"L'utopie c'est la vérité de demain" Victor Hugo.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   

 

   

 

   

 

   

 

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 18:32

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***

 

   

Une jolie petite crevette rose vivait dans une baie de la Côte d’Azur avec ses congénères. De nature aventureuse, elle avait beaucoup voyagé. Un jour elle entendit des plongeurs parler de la Mer Rouge. Intriguée, elle décida de se rendre dans le golfe d’Aqaba pour vérifier la couleur de la mer. Elle ne lâchait jamais prise, ce qui était parfois son défaut. Mais comme chacun sait, toute médaille a son revers et elle en avait aussi les qualités. Elle avait toujours besoin de se dépasser, cherchant des limites improbables.

Après des mois, elle parvint épuisée au Blue Hole. «  Mer Rouge, Trou bleu... j’aime beaucoup ces couleurs » ! Elle se félicita de son choix. Elle jeta un oeil hors de l’eau et fut éblouie par la luminosité et la beauté du désert. Elle ferma les yeux pour emprisonner l’image...

Réveillée par le son envoûtant d’un oud, elle s’ébroua et risqua un oeil au-dessus de la vague. Là des bédouins au regard intense, si magnifiques dans leur tenue blanche, farfouillaient dans le sable, observés par le musicien. Ils extrayaient ces longs coquillages énigmatiques, en forme de couteaux striés. Après leur départ, elle constata qu’il en restait un, bien caché, et peut-être le plus beau. La vague les submergea, elle se rendormit  lovée contre lui.

Grand couteau sortit la tête, cachée sous son chapeau, et contempla cette petite chose aux pinces minuscules qui frétillaient dans son sommeil. Elle lui rappelait un chiot qui battait l’air de ses petites pattes lorsqu’il rêvait qu’il courait. Il veilla à ne pas bouger.

 

C’est ainsi que chaque nuit où la mer les réunissait, Grand Couteau et Crevette s’endormaient ensemble.

 

Un matin, Crevette s’éveilla la première : Les stries de Grand Couteau lui suggérèrent l’image du sharpeï, ce chien qui naît avec un pyjama trop grand : toute la quantité de peau qu’il remplira au cours de sa vie. Dans un grand éclat de rire, elle le baptisa Sharpeï.

 

Comme il n’était pas en reste d’humour, il la nomma Cauliflower. « Cauli... quoi ? Cauli...flower ? Mais pourquoi me traites-tu de chou-fleur ? Je suis la plus jolie des petites crevettes roses », osa-t-elle, vexée. Vous constaterez qu’elle avait le même orgueil juvénile que la rose du Petit Prince de Saint Exupéry. Emu par tant d’arrogance, il se contenta de grommeler entre ses valves : « parce que tu as les cheveux en pétard quand tu dors »

 

Furieuse de s’être laissé surprendre dans son intimité, elle plongea vivement dans la Mer Rouge qui camoufla le rouge de ses joues. Pour se rassurer, elle virevolta gracieusement sous les yeux médusés et admiratifs des poissons. Même la danseuse espagnole admit son élégance.

 

« Cauliflower... Bon, il y a bien le mot fleur, mais il y a aussi le chou,  difficile à digérer ! Après tout, c’est joli aussi les bouquets du  chou-fleur ! Et puis, ne dit-on pas aussi : tu es chou... mon chou...Il y a même des choux chinois au vert tendre, des choux pâtissiers pour décorer les belles pièces montées des mariages. Les choux de Bruxelles sont bien jolis, tout ronds, et les choux en forme de pyramide : ça donne à réfléchir quand on connaît leur structure fractale...» Elle était un peu savante. Ses réflexions la convainquirent qu’il y avait bien là de la tendresse et de l’admiration dans Cauliflower. A tel point que quand Ahmed joua du oud, elle se surprit à composer une mélodie : « Sharpeï et Cauliflower »

 

Comme tout coquillage protégeant son intime fragilité, Sharpeï serrait bien ses coquilles l’une contre l’autre. La nuit, il n’osait toucher Cauliflower de crainte de la blesser du tranchant de ses valves. Alors il la laissait se lover contre lui, à sa convenance ; Il adorait le chatouillis de ses pinces. Là, évidemment, elle perdait sa faconde et son arrogance. Elle dormait comme une petite fille sage. Il l’aimait comme jamais il avait aimé. Elle était jeune et vivante. Bien sûr, elle se prenait pour une louve alors qu’elle se comportait souvent comme un louveteau de Moldavie ...Elle ne rassurait qu’elle-même, mais il faut bien que jeunesse s’exerce.

 

Il avait quelques années de plus. L’âge rend prudent et méfiant. Cauliflower aurait bien aimé qu’il dévoilât son profond mais il serrait ses valves contre lui pour cacher la grande sensibilité de son âme. Même ses petites pinces et sa jolie carapace de dentelle auraient pu le blesser. Auparavant, il avait naïvement ouvert son coeur à des malveillants qui l’avaient tellement maltraité qu’il avait cru en mourir. Désormais, seuls ses magnifiques yeux bleus et son sourire moqueur trahissaient ce qu’il pensait protéger, à qui savait observer naturellement.

 

Cauliflower le houspillait souvent et le mordillait de ses mots coupants. Il avait des origines nordiques et parlait lentement, à voix basse, un peu comme les Suisses. Souvent il fallait tendre l’oreille pour le comprendre. Mais n’est-ce pas la meilleure façon de se faire entendre ? On rejette celui qui parle haut et fort. A l’épreuve du sable et du vent, il avait appris les vertus du calme, de la lenteur. Cauliflower, d’une autre expérience, affirmait son appétit de vivre en vibrionnant et en le titillant pour le faire sortir de ses gonds. Il veillait à n’en rien faire, surtout!

Il avait l’âme des grands plongeurs car chaque jour il s’enfonçait profondément dans le sable. A l’abri des regards, il s’entrouvrait et se ressourçait des richesses de la mer.

 

Cauliflower lui supposait des aventures, des échappées de mâle. « Où étais-tu ? Où vas-tu ? Que fais-tu ? » Secret, il consentait trois mots pour la forme. Elle piquait alors des fards de crevette cuite de jalousie.

 

Une nuit qu’elle ronflait bouche ouverte – si elle s’en était rendu compte elle aurait rougi comme une écrevisse - Sharpeï s’avisa d’entrouvrir ses valves pour boire quelques gouttes salées et absorber quelque nutriment.

 

Allez savoir pourquoi Cauliflower souleva une paupière à ce moment là ! Sans doute alertée par le Grand Timonier là-haut ... Sous les rayons de la lune d’argent, dans le sable rouge, elle vit le coeur de Sharpeï : magnifique ! Vulnérable ! Un grand navire échoué... Elle en nagea à la renverse. Ils rougirent de concert et s’embrasèrent.

 

Leur union fut programmée un jour de grande marée afin que le plus grand nombre de leurs amis pût se rendre à la cérémonie. Il en vint du monde entier. Sharpeï et Cauliflower ne se marièrent pas devant le maire, mais s’unirent face à la Mer bienveillante. Ils ne se jurèrent rien mais surent qu’ils ne s’oublieraient jamais.

 

De mémoire de coelacanthe on n’avait vu de cérémonie aussi belle. Un grand bénitier avait offert ses grandes coquilles pour servir d’écrin à ce couple des mille et une nuits. Cauliflower, éblouie par tant de magnificence, en avait assagi ses petites pinces ornées de perles. Sharpeï brillait de mille éclats : il avait fait polir ses valves par son vieil ami le poisson pierre. D’aucuns le disaient redoutable, mais ce sont seulement les ignorants qui craignent les autres. Il avait assisté à la naissance de Sharpeï et l’avait vu grandir avec beaucoup d’admiration et de tendresse.

 

Les réjouissances commencèrent avec le lever du soleil. La mer flamboya de mille couleurs de l’aurore au couchant. Le soleil piqueta le sable rouge de poudre d’or, la lune d’argent moira chaque mica et chaque quartz de ses éclats métalliques.

 

Une danseuse espagnole ouvrit le bal. Elle fit tourner la tête de plus d’un, en ondulant les pans de sa robe rouge autour de la belle anémone et en dansant entre les coraux multicolores. La méduse Aurélie savait parfaitement évoluer dans les mirages de la lumière pour iriser sa voilette. La porcelaine Panthère en gloussait de plaisir sous sa nacre. Les Etoiles d’ Hurgada déclinèrent les invitations à danser des oursins, aussi séducteurs fussent-ils. Ils étaient pourvus de longues épines cuirassées qui auraient pu déchirer leurs robes.

 

L’oursin Crayon, témoin de Cauliflower, vint signer le registre corail tout en jetant des regards énamourés à la bel oursin Diadème, alanguie dans les algues. Le poisson Clown, Némo, se fit magicien pour tous les enfants. L’Ange Royal et l’Empereur veillèrent sur les juvéniles farceurs. Ils s’amusèrent et se trémoussèrent tant des facéties de Némo qu’ils en brisèrent quelques coquillages. La Girelle Nettoyeuse et le Labre Balai eurent fort à faire pour effacer les dégâts. Le Sergent Major toussota très fort pour rappeler à l’ordre ces galopins frondeurs, mais sa voix chevrotante se perdit dans le gargouillis des bulles.

 

Tous les petits bobos furent soignés par les poissons Chirurgiens à queue de pie jaune ou noire.

 

L’air dubitatif de la Carangue exprimait sa perplexité quant à cette étrange union. Madame la Blennie Imitatrice singeait la moue de la carangue. Un vieux bénitier lubrique lorgnait le décolleté des belles dames, mais baillait constamment, en raison de son grand âge. Un Napoléon ombrageux s’éprit d’une Demoiselle Souffrée. Il piqua un fard lorsqu’il se vit observé par le poisson Pierre. Mademoiselle Castagnole faisait des grâces au Barbier de Mer Rouge. Les mérous comparèrent leur tenue. Ils élirent le plus beau d’entre eux : le Croissant jaune. Des centaines  de dauphins autorisèrent les enfants à caracoler sur leur dos. Un dauphin de Risso se permit même de chatouiller la Tortue Caouanne et le Murex Epineux.

 

Quand la fatigue gagnait, des éponges s’offraient en sofas. Quelques requins passèrent en fin de soirée transmettre leurs voeux de bonheur et ceux de Dame Baleine et de son baleineau, en déplacement au Détroit de Behring. Ils commentèrent l’étonnante harmonie de ce monde hétéroclite. Même Dame Murène souriait de sa bouche avide. L’Anguille Jardinière se tortillait de plaisir, observée scientifiquement par un Ange Géographe.

 

Cauliflower ne perdit pas une miette de tous ces évènements. Ses jolis yeux noirs dans leur écrin rose brillaient de joie. Sharpeï le discret laissa échapper une larme d’amour.

 

Quand le vaisseau de la nuit emporta la Lune d’Argent et que Ra, le superbe, s éleva, le Grand Poulpe emporta délicatement les amoureux vers leur demeure. La Mer Rouge en fut tout éblouie. On dit que ce jour mémorable fut relaté jusqu’ aux chameaux du Sinaï par les oiseaux migrateurs qui le tenaient des cormorans et des mouettes.

 

On ne sait pas si ce couple insolite donna des fruits, mais depuis, certains plongeurs scientifiques affirment avoir répertorié de nouvelles espèces ressemblant à un cocktail de crevettes et de couteaux... Seul le sage Neptune le sait.

 

 

 

 

***

 

 

 

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Published by Chantal Cudel Fayaud - dans Contes
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commentaires

mamybell-Sybille 21/03/2012 20:05


Coucou Chantal je te fais un gros bisou d'amitié ♥

henri;gourmoud( PLAGE MANDELIEU) 12/03/2012 18:58


tres belle histoire haute en couleurs on se laisse charmer par cette belle crevette  j aurai aime etre plongeur dans la mer rouge.....HENRI AMICALEMENT

Chantal Cudel Fayaud 13/03/2012 18:40



Merci de votre accompagnement Henri. Ce conte a pour origine une histoire vraie entre adultes.



Chantal Cudel Fayaud 22/02/2012 19:09


Heureuse que ce conte vous plaise, chère Laurie. Merci de votre visite et à très bientôt concrètement.

laurie 22/02/2012 13:52


et bien qu'elle agreable surprise de lire une si belle histoire et de se dire qu'un tres bel amour a inspiré celle ci! je le prend comme un beau message d'espoir!! bisous laurie

Chantal Cudel Fayaud 02/02/2012 19:47


Viens je t'emmène à Dahab... D'accord?